Soir après la pluie
Joseph Pomès
L’orage s’est tari ; mais, au vent frais des monts,
Sous les lourds marronniers, l’averse se prolonge ;
Et le ciel où la nue use sa jaune éponge
Azure les ruisseaux veloutés de limons.
La ville aux toits mouillés par places s’illumine.
Soleil occidental, qu’ils sont beaux, tes reflets !
La blonde jeune fille éloigne les volets
Et t’admire parmi les grappes de glycine.
Vers les cîmes trônant dans la clarté du soir,
La rumeur élargie et houleuse du gave
Emporte le désir du boutiquier esclave
Que l’habitude rive à son obscur comptoir.
Un appétit d’espace et de paix forestière,
Un besoin de mêler ses cheveux au gazon
Éveillent le poète en sa triste prison
Et pénètrent d’espoir son âme tout entière.
Or, voici qu’annoncé par un lent bêlement
S’avance un chevrier précédé de ses chèvres
Et la flûte de buis fait chanter à ses lèvres
Un rêve pastoral, naïf infiniment.

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