Auguste Gaud • Réveil | Les rendez-vous du vers

Réveil

Auguste Gaud


Debout paysan, la moisson est mûre,
On entend déjà parmi les sillons,
Quand dans les sentiers, la brise murmure,
Chanter les grillons !

Debout paysan, car ta tâche est lourde,
L’aube éclairera bientôt l’horizon.
Prends ton vieux bissac et remplis ta gourde,
Quitte ta maison !

Debout paysan, viens, prends ta faucille,
Ton large chapeau de jonc, bien tressé,
Et, pars, dans les blés, la caille babille,
Pars, d’un pas pressé !

Ecoute, au clocher de la vieille église,
Dans l’air du matin vibrer l’Angelus,
Au bord du chemin le gazon s’irise,
Sur les verts talus !

Pars, à l’horizon, le soleil déploie,
Son manteau de pourpre et de vermillon ;
Et, du sein des fleurs, s’échappe avec joie,
Le beau papillon !

Il frôle en passant la robe vermeille,
Des coquelicots, parmi les épis,
Tandis que la voix du coucou réveille,
Les bois assoupis.

Un petit lézard, à tête effilée,
Curieux, se montre au trou d’un vieux mur ;
Et le papillon prend son envolée,
Là-haut, dans l’azur.

Dans l’herbe des prés, où chantent les cailles,
On voit lolâtrer dans le clair matin,
Un lièvre échappa du fond des broussailles,
Pour brouter le thym...

Il prête l’oreille au chant des cigales,
Aux joyeux refrains des coupeurs de blé,
Il voit, dans le val, bondir les cavales,
Sans être troublé.

Il voit dans ton champ s’entasser les gerbes,
Et suit en rêvant l’oiseau dans son vol,
Il entend la faux siffler dans les herbes,
En rasant le sol.

Pars, bon paysan, dès l’aube, chemine,
Entends-tu, vibrer parmi les sillons,
Quand, au sein des fleurs l’abeille butine,
Le chant des grillons ?

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