Batteurs en grange
Édouard Michaud
La grange au portail las qui regarde la brande,
La grange obscure — tiède encor — de bon matin,
Quand l’air subtil qu’on boit fleure encor vif le thym,
S’est ouverte au soleil, en grinçant, toute grande.
Et pan, pan, pan ! D’un geste large, les fléaux
Frappent la gerbe éparse où l’épi fait sa pointe,
Et les batteurs dont la chemise s’est disjointe
Sentent, en espérant au repos plus que pinte,
L’aigre sueur piquer l’airain mat de leurs peaux.
La tâche est dure et nul ne songe se distraire,
Et les trois coups descendent drus et réguliers,
Et les grains d’un blond sourd s’évadent par milliers
Sur ce sol nettoyé soigneusement de l’aire.
Le soleil vibre aux toits du hameau limousin,
L’horloge en cerisier sonne la dixième heure
Dans la maison couverte en chaume du voisin.
Calme immense. On entend le bruit d’une eau qui pleure,
Le vol furtif du vent, dans les arbres, là-bas,
Un appel de bouvier vers la prade, la fuite
De sabots enfantins aux pierres qu’elle irrite,
Le tout — joyeusement — rythmé du blé qu’on bat.
Et près du seuil usé de la grange béante
Où le labri gobant des mouches fait le mort,
Le tas lié de paille, éblouissant, augmente,
Et semble à la clarté sereine qui le hante
Un tuc clair de féerie et qui serait en or.

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