Montée de vacherie
Étienne Marcenac
Faisant carillonner l’orchestre des sonnailles
Et subissant l’appel irrésistible et fort
De la montagne où poussent réglisse et raifort,
À travers des chemins creusés dans les pierrailles,
Les vaches, désertant leur refuge d’hiver,
Gagnent allègrement les hautes altitudes,
Où pendant de longs mois, au cœur des solitudes,
Elles renifleront l’âme du pays vert.
Parmi les beuglements, des chiens ivres de joie,
Que gourmande un vacher dans un rude patois,
De jarret en jarret, mêlent leur aigre voix
À celle du troupeau dont la robe rougeoie.
Dans ces êtres divers un instinct primitif
S’est soudain réveillé pour activer leur course
Vers des lieux où leur vie eut peut-être sa source,
Loin des servilités qui font l’homme craintif.
Là-haut la vie est belle et surtout sans attache :
C’est l’herbe savoureuse à la senteur de miel,
L’eau légère où sourit le visage du ciel,
Le bon vent caressant leur flanc qui se détache ;
Ce sont les claires nuits hors d’un étroit local,
C’est le rêve en plein vent, dans le parc qui se dresse,
Sous l’éther infini distillant son ivresse ;
Ce sont les gais réveils dans un air virginal.
Combien de citadins derrière leurs fenêtres,
Ou sortis sur le seuil d’un magasin obscur,
Où ne rentre jamais le moindre souffle pur,
En les voyant passer rêvent d’ébats champêtres.
Hallahoun ! Hallahoun ! Ce cri n’est pas pour vous,
Esclaves, enchaînés aux besognes serviles :
Il est pour ces troupeaux qui traversent vos villes,
Mais auxquels la montagne a donné rendez-vous !

Laisser un commentaire