Aurélien Ridon du Mont aux Aigles • L’herbage en place | Les rendez-vous du vers

« L’herbage en place », poème n°5 de mon ouvrage n°10. 1353ᵉ poème publiable.

L’herbage en place

Aurélien Ridon du Mont aux Aigles


L’herbage est à sa place, et de tous les voyages
Que les bœufs aiment faire en des élans communs,
Celui du jour paraît être le plus badin,
Lorsque l’on voit les fleurs cortéger tous ces pages.

Ils broutent, cou chargé de leur tête très lourde,
Comme si tout bientôt ils allaient se planter
Un par un au pâtis où s’est catapulté
Dès l’aube un sinople ample auquel la nielle est sourde.

L’un d’eux tient à sculpter ses muscles scapulaires,
L’autre à tâter du pied l’aire ouverte pour lui,
Un autre encor à mettre au creux de ses molaires
Plus d’herbe qu’il n’en faut pour qu’une faim ait fui.

Ce sont ici les joies de leurs zèles anthumes :
Ils beuglent, boivent, vont avec tranquillité
Troquer un ébrouement pour un semblant de rhume,
Et l’épillet du brome ambré pour quelque thé

Qu’a permis, en tombant gaîment, la pluie la veille ;
Et cueillir en retour de rayons en faisceaux
Dans leur œil mécompris une clarté pareille
À celle qu’un matin prègne autour des marsaults.

Le point du soir arrive, et avec lui la fine
Éternité qui tremble au dessus des lopins,
Chargeant quelques champs longs de touches zibelines,
Arrondissant le pré comme pousse le pain.

Quand s’annonce un couchant aux lames isocèles,
À la rougeur branlante, à l’âcre netteté,
L’on voit l’herbage en place en ses courtes parcelles,
Constellé par les bœufs digérant à moitié.

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