« D’un horizon mêlant les rouges aux oranges… », poème n°110 de mon ouvrage n°8. 1133ᵉ poème publiable.
D’un horizon mêlant les rouges aux oranges…
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
D’un horizon mêlant les rouges aux oranges, Dîneront, simulant l’appétit des marais Qui n’ont pas eu la pluie longtemps à leur chevet, Les merlins avec l’orbe aux nues qui les démangent.
Les busards abusés par des proies sans valeurs, Les accompagneront en faisant des alfanges Du soleil, l’apocope, en coupant les phalanges Qu’un cirrhus esquinté laissa pour ces cueilleurs.
Les paréidolies, des traits qui les arrangent, Dans le sac de couchage aurifère du ciel, Feront un blanc chalet se changer en castel, Et d’un court coup de vent, se finir en mésange.
Des rayons pluriels, l’exemplaire dernier Maintiendra des degrés de chaleurs très étranges Sur la nuque plissée de rides en losanges D’un doux observateur, de l’instant, jardinier.
L’air bouffe et, le suivant d’un geste démodé, Le ramage effréné d’une peupleraie maigre Se laisse amenuiser le temps que l’heure intègre L’espace en supplément à ses cycles renés.
Et les lichens laqués — par quel soleil à queue, Quelle lune à fossette, ou quel astre perdu ? — Redirigent l’instant vers un ballast ému Oublié par un rail devié de vingt lieues.
Ayant pour seul écran la vue des saules creux, Le soir long et canlant à la scène s’invite. Il commence toujours par une ombre petite, Et l’ambre dans ses tons dit ses miroirs terreux.
Un air parfois plus fort que le premier en acte, Cisèle un monticule, et va fendre un guéret, Puis planer au dessus d’un étang qui paraît Dans un sommeil profond que la cornifle impacte.
Les lichens sur l’écorce où leur rêve se fait Et où leur vie flagrante en couleurs se dépasse, S’oxydent en lenteur, et le zéphyr qui masse Le muguet, met leur heure au creux de son gousset.
Puis s’en vient, renové, un escadron d’horaires : Un grimpereau chantonne, un friselis s’étend, Un agreste échelon monte temps après temps, Vers un air toujours plus célestin puis stellaire.
« Des monts piquaient la plaine… », poème n°54 de mon ouvrage n°11. 1577ᵉ poème publiable.
Des monts piquaient la plaine…
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Des monts piquaient la plaine à dominante d’or. Les contrées s’enjouaient qu’ils les capitonnassent Ainsi et qu’à leurs pieds se déroulât la passe Des grands rythmes du cru, tissés, creusés encor.
L’on trouvait de partout à guetter quelque chose : Dans un champ blond d’aspect, d’un alouet, l’essor, Dans la faune sachant le temps lent comme fort, De tout état séquent, la juste et noble cause.
Les houes allaient gaîment, de même socs et faulx, Avecque — va de soi — diverses intervalles ; La guède ample teintait des maillots vite sales Qu’on menait au lavoir après l’aube, très tôt.
Les silences qu’avaient entre eux les hameaux sveltes Quand le matin puissant s’écartelait et gourds Quand semblait le tenir au col le point de jour, Étaient scindés parfois d’un vieux chalumeau celte.
Et seuls trois qu’ils étaient, loin, forpaîssaient des bœufs, Dans un pâquis dont l’herbe était la couturière ; Et sur le bord d’un ru plein d’ourlets de fléchières : L’hymen d’une grenouille et d’un crapaud bulbeux.
Les chemins menaient tous à des jardines drues Dont les gardiens étaient des maïs plus que droits ; L’on y musait avec la peur d’y avoir froid, Lorsque passait l’hiver dans le trait des charrues.
Les sentes les croisaient. Le tuf déjà perclus D’antiques croix bornait quelquefois leurs rencontres ; L’on y errait chauffé d’un être serré contre Soi quand durait l’hiver d’octobre à mars, sa bru.
Il y avait des vers à faire en toutes scènes Et, d’autres à l’ajout, des strophes à leurs pieds, Lyre ardente que n’eût pu éteindre un pompier Ni des pluies car un vers tout autre eût pris leurs rênes.
Il y avait des bancs de santoline — fleurs D’or n’étant qu’ici pour illuminer la marge Des pacages ayant tant de bœufs à leur charge Et d’herbe dont ils sont tous encor les tuteurs.
Les femmes du village étaient rudement vieilles Avant l’heure traduite à peine par leur teint ; Passage d’ans trahis au retour du bottin Chaque année, aminci des défunts de la veille.
Le trait des percherons, plus vaillants que couards, Rassurait plus tard l’âtre avec des bûches fraîches ; L’on était à son feu comme chèvre à sa crèche. Dans l’espace tintait un cri de paonne au soir.
Dans le giron du cru, tout était fait pour être, Tout ce que notre temps a rendu désuet ; Entre un mesnil et deux très cossus castelets, Passait un ru lieur seul connu de l’ancêtre.
Les fermettes poussaient comme des champignons Mais le temps les fripa comme des gyromitres, Et sur leur lourd torchis aux trous exempts de vitres, Du charme triangule encor leurs vieux pignons.
« La minute orageuse », poème n°2 de mon ouvrage n°10. 1350ᵉ poème publiable.
La minute orageuse
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Les orages qu’un ciel très noir annonçait vinrent, Et parmi les bovins, les plus vieux reniflaient Les airs moites, fiévreux et mutiques qui tinrent À rendre plus absents le merle et ses sifflets.
Et vous fûtes, vous, bœufs, verbeux, la bave au mufle, Habités de récits qu’en vain vous meugliez. Puis quand le pétrichor prit quelque odeur de truffe, Vous regoûtiez le foin humide au doublier.
La minute orageuse, on ne voulut la peindre, Pas plus du reste que le succulent retour Des chants de l’avifaune excités par les moindres Danses de toupillons séchant aux vents du jour.
« L’herbage en place », poème n°5 de mon ouvrage n°10. 1353ᵉ poème publiable.
L’herbage en place
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
L’herbage est à sa place, et de tous les voyages Que les bœufs aiment faire en des élans communs, Celui du jour paraît être le plus badin, Lorsque l’on voit les fleurs cortéger tous ces pages.
Ils broutent, cou chargé de leur tête très lourde, Comme si tout bientôt ils allaient se planter Un par un au pâtis où s’est catapulté Dès l’aube un sinople ample auquel la nielle est sourde.
L’un d’eux tient à sculpter ses muscles scapulaires, L’autre à tâter du pied l’aire ouverte pour lui, Un autre encor à mettre au creux de ses molaires Plus d’herbe qu’il n’en faut pour qu’une faim ait fui.
Ce sont ici les joies de leurs zèles anthumes : Ils beuglent, boivent, vont avec tranquillité Troquer un ébrouement pour un semblant de rhume, Et l’épillet du brome ambré pour quelque thé
Qu’a permis, en tombant gaîment, la pluie la veille ; Et cueillir en retour de rayons en faisceaux Dans leur œil mécompris une clarté pareille À celle qu’un matin prègne autour des marsaults.
Le point du soir arrive, et avec lui la fine Éternité qui tremble au dessus des lopins, Chargeant quelques champs longs de touches zibelines, Arrondissant le pré comme pousse le pain.
Quand s’annonce un couchant aux lames isocèles, À la rougeur branlante, à l’âcre netteté, L’on voit l’herbage en place en ses courtes parcelles, Constellé par les bœufs digérant à moitié.
Les vaches ruminant le sainfoin qui, docile, Sous leurs dents décidées, largement capitule, Vont d’un bord à l’orée du pré qu’un vent bouscule, L’encolure attiédie et la queue qui s’effile.
L’un de leurs yeux perdus fait la caricature Du bovin ne sachant trop pourquoi il est là ; Les cornes rabattues et, plein de grumelures, Le mufle, et les poils noirs et blancs manquent d’éclat.
Un coup de toupillon sur le pissenlit fier, A couché son soleil parmi l’herbe banale ; Et, passant leur chemin, parcourant tiers par tiers, L’infini du pâtis, les vaches se régalent.
Autour de leur ripaille : une étendue fleurie, Où pointe un bataillon qui l’espèce varie. Et depuis l’air altier de la prairie convexe, S’y mêlent, des chevreaux, les braîments circonflexes.
Le coquelicot simple, et d’incarnat gorgé, Est fortement contri de n’avoir excité Encor, les ans passant, les taureaux atoniques, Pas plus que les boucs mous ou les béliers stoïques.
La marguerite rêve — et sans trop l’exprimer — De voir sa fleur rester sur le coin de la lippe D’un bovin digérant d’intrus fongus le stipe, Éclatant au soleil vers ses ors réhaussé.
« Un souffle matinier… », poème n°34 de mon ouvrage n°4. 493ᵉ poème publiable.
Un souffle matinier
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Un souffle matinier, bleuté de ses habits, Près d’un talus chétif, pose son air qui bâille ; Les sens de la campagne y doublent en roulis Leurs dires éthérés qui s’échouent sur la paille.
La glèbe aventureuse a, d’un soupir de glace, Pris son meilleur élan pour la journée donneuse. L’oiseau migrant parti, l’on fait, par contumace, Un récit de son vol dans la mémoire heureuse.
Et dans l’odeur du pré qui gonfle l’éther peint Par d’automates tons, et poliment artistes, Rien que de la souplesse, au repos du rotin Du panier, imagé, rien qu’il faille qu’on liste,
Inventorie de trop, dépeigne avec plus d’aise. Mais une strophe heureuse appose sa menotte Au poème, déplie, pour s’y asseoir, sa chaise, Ou allonge ses vers au tapis de ses notes.