« Canevas bovin », poème n°282 de mon ouvrage n°6. 841ᵉ poème publiable.
Canevas bovin
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Les vaches ruminant le sainfoin qui, docile,
Sous leurs dents décidées, largement capitule,
Vont d’un bord à l’orée du pré qu’un vent bouscule,
L’encolure attiédie et la queue qui s’effile.
L’un de leurs yeux perdus fait la caricature
Du bovin ne sachant trop pourquoi il est là ;
Les cornes rabattues et, plein de grumelures,
Le mufle, et les poils noirs et blancs manquent d’éclat.
Un coup de toupillon sur le pissenlit fier,
A couché son soleil parmi l’herbe banale ;
Et, passant leur chemin, parcourant tiers par tiers,
L’infini du pâtis, les vaches se régalent.
Autour de leur ripaille : une étendue fleurie,
Où pointe un bataillon qui l’espèce varie.
Et depuis l’air altier de la prairie convexe,
S’y mêlent, des chevreaux, les braîments circonflexes.
Le coquelicot simple, et d’incarnat gorgé,
Est fortement contri de n’avoir excité
Encor, les ans passant, les taureaux atoniques,
Pas plus que les boucs mous ou les béliers stoïques.
La marguerite rêve — et sans trop l’exprimer —
De voir sa fleur rester sur le coin de la lippe
D’un bovin digérant d’intrus fongus le stipe,
Éclatant au soleil vers ses ors réhaussé.

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