Marie Dauguet • Les orges | Les rendez-vous du vers

Les orges

Marie Dauguet

Les orges sous l’azur blêmi
De l’aurore à peine où frémi,
Tendrement au bord du bois rose,
Somnambulique, un merle cause.
Très loin, vers l’horizon bleuté,
Quelque part un coq a chanté.

L’air de velours vibre en sourdine,
Comme une pâle mandoline,
Et, colombe au bord de son nid,
De flocons d’écume garni,
La source aux palpitantes houles,
Imperceptiblement roucoule.

Sur les mélisses diaphanes,
Il semble que frissonne et plane,
Semant des plumes dans le vent,
Un essaim pensif d’oiseaux blancs,
Aux sonorités cristallines,
L’air est une harpe câline.

Les chaumes s’étirent et songent,
Où des vols d’alouettes plongent,
Où s’étouffent des gazouillis.
À la lisière des taillis,
Comme des lèvres qui sourient,
Des roses vagues sont fleuries.

Et mon cœur, sans maître ni glose,
Soupire avec l’odeur des roses
Sauvages aux fossés des bois ;
Avecque, la clarté qui croît,
Tournoiement de fuseaux d’aïeule,
Le bruisselis doux des éteules.

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