Édouard Michaud • Le pâtre | Les rendez-vous du vers

Le pâtre

Édouard Michaud


Nul ne dirait son âge. Il va, depuis toujours,
Aux extrêmes pâtis conduire un troupeau maigre,
Et spectre en son manteau dont le bleu tourne à l’aigre,
Hante, pensif, l’écran harmonieux des jours.

Pendant que paît l’ouaille, il s’assied et se fige
Près des genêts d’où monte une odeur tiède — et suit
Le soir graduel croître au point d’être la nuit,
Toucher d’or et faner l’eau qui stagne et la tige.

À quoi peut-il rêver ? Dieu le sait. Mais souvent
J’ai désiré sa halte éternelle en plein vent,
Que le soleil dur cuise ou que la brise passe.

Captif d’un bureau triste, en mes désirs fougueux,
J’ai souhaité souvent d’être parfois ce gueux,
Qui promène un regard d’empereur sur l’espace.

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