Paul Barbier • Onze heures | Les rendez-vous du vers

Onze heures

Paul Barbier


Le soleil monte : il est onze heures.
Depuis l’aube, les paysans
Ont fui l’ombre de leurs demeures
Et fauché sous les deux cuisants.

La chaleur, qui mord leur visage,
Fait au loin craquer le blé mûr.
Là-bas, le clocher du village
Se dresse dans le clair azur.

Les moissonneurs laissent la gerbe
Que leurs mains viennent de lier.
L’homme cache sa faux sous l’herbe,
La femme ceint son tablier.

On s’appelle : « Allons ! à la soupe ! »
Et les cris répondent aux cris.
On part. On va, groupe par groupe,
Par les petits sentiers fleuris.

Comme des aigles sur les crêtes
Des grands monts hantés des grands vents.
On aperçoit courir des têtes
Au-dessus des épis mouvants !

Et les plaines restent désertes
Et l’on n’entend plus rien aux champs
Que le cri des cigales vertes
Qui redoublent leurs aigres chants.

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