« L’agricole traverse », poème n°96 de mon ouvrage n°8. 1119ᵉ poème publiable.
L’agricole traverse
Aurélien Ridon du Mont aux Aigles
Gravillonneuse elle est, l’agricole traverse,
Où la poussière affable épand sa densité,
Elle est le premier trait de ce qui se commerce,
Et du champ, la plus proche des civilités.
Le promeneur la prend lorsqu’on chasse un peu trop
Du côté du vieux bois reposant d’ordinaire ;
À coté du tracteur, de ses deux roues arrières,
Il est le nain qu’il cherche, aimant ce bas égo.
Elle avance souvent en croisements nombrables,
Desservant du colza, du blé, des pois, les fiefs ;
Et l’on ressent toujours l’atmosphère palpable
De l’ahan des gros bœufs d’antan et de leur chef.
Tandis qu’on voit passer l’intrépide jauneur
Des jantes des engins crevant les tournesols,
S’y mêlant dans l’été d’un camaïeu bien fol,
Elle, l’agreste route, assiste à ces couleurs,
Grise ni plus ni moins qu’en d’autres décennies ;
Et, bien qu’à chaque fois que passe le batteur
Sur son dos très étroit, jamais ne congédie
De trop les graviers sur ses bords débiteurs.
Au bout d’elle parfois vit un hameau perdu,
Ayant pour lieu de culte une chapelle en ruines,
Et pour sein de verdure, un fin hallier qui signe
D’un trait vert la contrée, et l’oiseau seul l’a vu.
Parfois, quand les moissons redoublent d’abondance,
Que l’été est trop court, que l’épi est trop blond,
C’est un embouteillage allongé qui s’avance
Sur la route des champs sous un soleil de plomb.
Malgré son vieux bitume, un herbeux liseré
S’efforce à lui donner d’une sente inhumaine
L’allure, le cachet, le vert des brutes plaines,
Et l’orière à ses flancs voudrait bien l’enserrer.
Sous les pneus absorbants, ses granules chantonnent,
Et aucun panonceau ne vêt ses carrefours ;
Ces croisements déserts les longs matins d’automne
Où ne semble jamais vouloir s’asseoir le jour.
Elle monte, descend, aux vouloirs du plateau,
Se perd dans un méandre au fond d’une aquarelle ;
Si sur tous ses guérets, jouait à la marelle
Un géant, fière arbitre, elle serait bientôt.
L’imaginerait-on, d’une façon soudaine,
Folle, détricotter les mailles du pays,
En laissant s’embourber jusqu’au montant des bennes
Les engins recherchant à gagner leur abri
Le plus proche, un fenil, un hangar, lorsqu’il pleut ?
Non, la route est là sise, et sa raison est bonne.
Et je me plais ici, alors que tourbillonne
Le vent samarien, avec des vers frileux,
À la redessiner à ma guise lyrique.
L’aquilain des juments dans les pâtis herbeux,
Bordant aussi la route, à l’entrée sans portique
Du village assoupi, j’en renforce le feu ;
J’appuie aussi le vert des talus rebondis,
Dresse les maïs plus qu’ils ne le font eux-mêmes,
Fais la nielle rougir, et donne à tout problème
Urbain son déliement dans le fond des pâquis.
























